Entretien – Benoît Hamon répond aux questions des Jeunes Agriculteurs

Dans le cadre du 54e Salon de l’agriculture, Benoît Hamon a répondu aux questions du Manifeste de Barcelonne-du-Gers sur les préoccupations des Jeunes Agricultures, qui lui ont été posées par la rédaction du journal Sud Ouest.

Comment mieux vivre de son métier d’agriculteur ? Quels leviers ?

La crise agricole que nous vivons est sans précédent. La concurrence mondiale sur les prix des matières premières, la course au toujours moins cher dans la distribution, les pressions sur les prix de l’industrie alimentaire font que de plus en plus d’agriculteurs n’arrivent plus à s’en sortir.

Je veux améliorer la situation des agriculteurs au quotidien, particulièrement en leur assurant un revenu décent. Je veux assurer qu’ils puissent vivre décemment de leur production. Le revenu universel pour les agriculteurs permettra aux agriculteurs d’être protégés contre les aléas climatiques et économiques. Pour cela également, je mettrai en place une politique volontariste pour rééquilibrer les rapports de force entre producteurs et acheteurs, au niveau national et européen et pour les protéger des aléas des prix des produits sur les marchés.

Je veux aussi pour nos agriculteurs un meilleur accès au soin, car ils souffrent beaucoup d’affections liées à la dureté de leur travail. Je veux les protéger contre les risques de l’emploi des pesticides en reconnaissant l’empoisonnement par les phytosanitaires comme maladie professionnelle. Je veux également généraliser le droit au répit, pour que les exploitants en situation d’épuisement professionnel puissent être remplacés. L’aspect financier ne doit plus être un frein pour que les agriculteurs, en grande difficulté, s’accordent du repos.

Je souhaite amplifier l’action qui a été menée ces dernières années et mieux exploiter les dispositifs créés.

Comment assouplir les normes et réglementations ?

Il existe des domaines où nous avons besoin d’établir des normes et des réglementations : la santé, l’environnement. La question est d’adapter ces normes à la réalité et à la diversité des situations des agriculteurs sur leurs exploitations. La norme peut en effet, dans certains cas, s’assimiler à une trop forte contrainte. Il faut trouver un juste milieu, permettant d’orienter un secteur, sans pour autant déstabiliser les acteurs. La difficulté est souvent d’amener des changements dans les manières de produire. Plutôt que des politiques normatives, il serait préférable d’adopter des politiques contractuelles, qui fixent des objectifs aux acteurs.

Des politiques de développement agricoles doivent aussi être mises en place : il faut valoriser la capacité d’innovation du terrain et mutualiser les pratiques qui fonctionnent : sur la vente en circuit court, la l’agriculture de groupe ou la montée en gamme vers une production en agriculture biologique par exemple. Les politiques publiques nationales doivent soutenir ces pratiques exemplaires d’agriculteurs qui ont déjà commencé leur transition agricole.

Comment mieux distribuer la production ?

Manger sainement nécessite de mieux rémunérer nos agriculteurs et éleveurs. Je veux pour nos producteurs une meilleure redonner de la valeur à l’amont agricole.

La production ne se distribue pas, elle s’organise autour de potentiels spécifiques et des conditions climatiques et naturelles de chaque région. Mais elle résulte aussi du choix des hommes et de leur organisation collective. Pour moi, les solutions passent notamment par le renforcement des organisations de producteurs, pour qu’ils soient en mesure de négocier d’égal à égal avec les transformateurs et les distributeurs, et que la transparence dans la chaine des prix soit assurée.

Les politiques de qualité, que ce soit les produits sous signe de qualité ou l’agriculture biologique, participent aussi à une nouvelle gestion de la production plus proche d’une économie circulaire et d’une agriculture de proximité.

Par ailleurs, il convient de noter qu’il n’y a plus de contrôle assurant une répartition de la production, comme pour le lait et le sucre. La Gauche a toujours été favorable aux quotas pour à la fois garantir des prix, et assurer une répartition de la production sur le territoire.

Comment mieux gérer les ressources en eau ?

Il faut, comme toujours, trouver le bon équilibre entre la préservation de la ressource et sa gestion. L’eau est une ressource importante pour les régions sèches sans laquelle il ne peut y avoir de vie et d?agriculture. Il nous faut adapter l’agriculture à ces écosystèmes arides. C’est pourquoi je propose la création, sur le modèle du conservatoire du littoral, d’un Conservatoire des terres agricoles, dont la mission sera de protéger la santé des terres agricoles.

Comment endiguer la désertification ?

Le secteur agricole détruit des emplois, le nombre d’exploitations se réduit, les plus jeunes ont plus de difficultés à s’installer, les moins jeunes ont le sentiment d’être marginalisés dans notre société. J’accompagnerai la loi foncière pour lutter contre la concentration et l’accaparement des terres par les grandes sociétés afin de favoriser le renouvellement des générations en leur assurant un meilleur accès au foncier. Le conservatoire des terres agricoles, que je propose de créer, permettra également de favoriser l’accès au foncier pour les paysans souhaitant s’installer.

Il faut aussi avoir des approches partagées du développement des territoires avec les autres partenaires du monde rural. Les zones rurales ne doivent pas être marginalisées. Elles disposent d’un important potentiel de développement, permettant de produire des biens alimentaires, mais aussi non-alimentaires (énergies renouvelables notamment) et des services. Nombre des emplois proposés grâce à cette diversification des activités des exploitations agricoles, sont d’ailleurs non-délocalisables. Pour accompagner cette transition, je veux garantir une égalité effective de tous les citoyens devant les services publics et faire de l’accès au haut-débit en milieu rural une priorité.

Retrouvez cet entretien sur Sud Ouest