Tribune – Notre corps est programmé pour bouger, il faut vaincre la sédentarité

La sédentarité serait-elle la pandémie du XXIe siècle dans les pays développés? Facteur de risque d’apparition ou d’aggravation de nombreuses pathologies cardiovasculaires, métaboliques, tumorales ou neuro-dégénératives, l’inactivité physique tend aujourd’hui à tuer davantage que le tabac. En 2009, l’Organisation Mondiale de la Santé jugeait l’inactivité physique responsable de 10% des décès et faisait de l’augmentation de l’activité physique quotidienne sa deuxième recommandation sur neuf.

Depuis les années 50, la multiplication d’études sur les effets de l’activité physique a permis à la communauté médicale de reconnaître celle-ci comme l’une des « thérapies non-médicamenteuses validées ». Dès 1949, l’épidémiologiste écossais et « père » de l’étude du lien entre activité physique et santé, Jeremy Morris, avait mis en lumière le risque élevé d’attaque cardiaque des chauffeurs de bus à étage londonien alors que leurs collègues contrôleurs qui montaient et descendaient plus de 500 marches par jour présentaient au même âge un risque bien moins grand.

Reconnue par la communauté médicale, l’amélioration de notre santé passera par une lutte organisée contre la sédentarité.

Comme nous le rappelle, le professeur François Carré, co-fondateur de l’observatoire de la sédentarité, « nous sommes programmés pour bouger ». Nos muscles, nos ligaments, nos os sont faits pour nous permettre de marcher, courir, nager… pas pour rester assis. Nos ancêtres étaient chasseurs-cueilleurs, ils parcouraient 10 à 16 kilomètres à pied par jour contre seulement 2,4 en moyenne pour nous. Pour trouver notre nourriture, nous nous contentons d’aller au supermarché, le plus souvent en voiture. Si nos habitudes ont changé, nos gènes non. Sans entretien, notre corps se dégrade, s’encrasse, au prix de risques accrus de cancers (colon, sein), d’obésité, d’hypertensions, diabète.

La parution en 2011 du rapport de la Haute Autorité de Santé, Développement de la prescription de thérapeutiques non médicamenteuses validées, a constitué une étape nécessaire et positive dans la reconnaissance des activités physiques au sein du parcours de soins. Il comporte à ce titre de multiples avantages : préservation de la santé tout au long de la vie, prévention de la perte d’autonomie, baisse des dépenses de santé, etc.

Validées et non-médicamenteuses, les thérapies reposant sur l’activité physique se révèlent parfois plus efficace qu’un médicament ou pallient leur absence. La pratique d’activité régulière peut réduire l’entrée en maladie et ses complications tout en agissant sur la qualité de vie du patient.

Avec 11,2 % de son PIB en dépenses de santé et 37 millions de nos concitoyens considérés comme « sédentaires », l’activité physique apparaît comme un enjeu économique autant que de santé publique.

Développer l’offre thérapeutique non-médicamenteuse validée, c’est faire le choix de l’innovation. Il y a de multiples façons d’agir.

La loi Santé votée en 2016 encourage la prescription par les médecins d’activités physiques adaptées pour les malades chroniques. Le décret d’application entre en vigueur le 1er mars. C’est une première étape très positive mais il nous faut aller plus loin.

Nous proposons de développer des centres certifiés « Sport et Santé » qui sécurisent la pratique efficace et encadrée d’activités physiques régulières chez le patient.

Dans le cadre du parcours de soins, le médecin pourra prescrire ce soin que l’on nomme l’activité physique adaptée. Puisque c’est un médicament, nous demanderons à l’assurance maladie de rembourser tout ou partie des frais d’inscription dans ces centres. Les mutuelles et complémentaires santé pourraient également être incitées à prendre en charge l’activité physique adaptée.

Dans les maisons de retraite, multiplions les cours d’activité physique pour les séniors, à l’instar de ce que pratiquent des associations. Imaginons enfin comment demain le sport fera partie inhérente de l’entreprise et des administrations en soutenant celles qui installent des salles de sport pour leurs employés au lieu de distributeurs de sodas.

Nous proposerons un grand mouvement de développement des activités physiques et sportives de la maternelle à l’université en lien avec la candidature de Paris 2024 aux Jeux Olympiques et paralympiques pour donner les bons réflexes dès le plus jeune âge.

Notre conviction est que l’accompagnement de la pratique sportive et de l’activité physique est facteur de bien-être et de réduction des inégalités de santé à tous les âges de la vie. Une prise de conscience générale est nécessaire, les responsables politiques doivent prendre leur part pour qu’ensemble nous fassions le bon choix entre sport-santé versus sédentarité-mortalité. Pour cela, investissons dans le « sport santé », le retour sur investissement sera bénéfique pour tout le monde.

Benoît HAMON

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