Lettre ouverte à mes amis de l’ESS

Je dis amis car je partage l’essentiel de vos valeurs et parce que j’ai cheminé avec vous comme ministre en charge de l’Economie Sociale et Solidaire. Je me sens toujours aussi proche de ce que vous inventez et faites vivre chaque jour sur nos territoires, de votre esprit entrepreneurial et innovant, de vos combats pour la démocratie économique et la solidarité sociale.

Je suis fier d’avoir été à la tête d’un ministère de l’ESS à part entière, considéré pour la première fois et à ma demande comme un ministère économique, d’avoir préparé et fait voter, dans un large consensus politique, une loi de reconnaissance et de développement de l’ESS.

Cette loi porte mon nom mais elle porte aussi vos couleurs, car je l’ai largement co-construite avec vous. Dans un contexte marqué aussi bien par des visions différentes de l’avenir de l’ESS, que par une indifférence globale des pouvoirs publics et économiques, j’ai eu à cœur de vous écouter, de rechercher ensemble les équilibres nécessaires. Ceci a fait notre force.

De cette expérience, comme du reste de mon parcours politique, j’ai acquis la conviction que le rôle des responsables politiques est de donner une vision, d’animer et de fédérer, plutôt que de jouer à l’homme providentiel assénant des promesses sans avenir car aussitôt oubliées sur l’autel du « réalisme économique ». Le moment est venu de partager la construction de l’intérêt général, dans une démocratie plus vivante dont je veux porter l’inspiration à l’occasion de ma candidature à l’élection présidentielle.

Dans vos actions au service du développement de l’ESS, vous êtes et serez plus encore demain les acteurs de l’émergence d’une autre économie au service d’une meilleure cohésion sociale, plus proche des territoires, vigilante sur son impact écologique, ouverte à la citoyenneté économique pour assumer ensemble des choix justes et pérennes.

Je vous propose d’être au cœur du projet politique que je soumets à nos concitoyens. Je vous propose de porter ensemble une ambition encore plus forte pour l’ESS. Je vous propose d’être les éclaireurs de la « république coopérative » que j’appelle de mes vœux, selon le joli mot de Charles Gide. Nous pouvons et nous devons faire changer d’échelle l’ESS. J’en ai la volonté politique et j’en ai pour une part forgé les outils.

Concevons ensemble un pacte d’engagement partagé entre les acteurs de la puissance publique et ceux de l’ESS afin de la faire passer d’ici 2025 de 10 à 20 % du PIB. Dotons-nous d’indicateurs qui rendront mieux compte de l’utilité sociale des entreprises, de leur empreinte environnementale, de leurs pratiques démocratiques, afin de les distinguer dans le champ concurrentiel et réglementaire.

Favorisons l’émergence d’une ESS sans rivages, qui ira conquérir de nouveaux espaces mais qui sera aussi un modèle attractif de création ou de transformation d’entreprises. Ouvrons de nouvelles filières dans l’habitat coopératif, la transition énergétique citoyenne, l’agriculture durable, les services à la personne. Inventons de nouvelles formes d’emplois conciliant agilité et protection comme le font déjà les coopératives d’activité et d’emploi. Faisons le pari d’une économie vraiment collaborative qui ne serait pas confisquée par des acteurs lucratifs. Osons financer massivement et surtout efficacement l’innovation sociale en portant nos efforts d’investissement à 200 millions d’euros par an pendant la durée du quinquennat.

Tout cela est possible puisque vous le faites déjà et parce que nous en avons posé les bases ensemble. Nous pouvons à présent changer de braquet et faire de toutes ces expériences non plus la périphérie mais le cœur du projet pour la France et pour l’Europe. Parions sur la digitalisation des activités pour doper l’ESS.

Mes amis, mon engagement pour l’ESS est au cœur de ma vision de l’avenir de notre modèle social : juste, solidaire, efficace et ouvert aux innovations. Il est au cœur de ma conviction qu’une autre économie est nécessaire et possible : plus tempérante, moins dépendante d’un hypothétique redémarrage de la croissance. Il est au cœur de ma volonté de rénover notre démocratie : plus ouverte à l’initiative citoyenne, étendue à la sphère économique, plus inclusive pour tous nos concitoyens.

L’ESS n’est certes pas toute la solution mais elle montre un chemin cohérent qui s’appuie sur l’engagement de millions d’adhérents, sociétaires ou coopérateurs, de salariés et de bénévoles. Elle a montré sa résilience face à la crise et son efficacité de longue durée par son ancrage dans notre modèle économique et social. Elle est plus créatrice d’emplois que le reste de l’économie et les défis en la matière y sont énormes. Il ne manque que la volonté collective d’en faire un enjeu de premier plan.

A vous de partager cette ambition et de la faire connaître. A nous de créer la surprise lors de cette primaire car les forces de la jeunesse et de l’initiative sont avec nous. Faisons ensemble de l’ESS une clé pour l’avenir de notre pays.

Avec toute mon amitié,

Benoit Hamon

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