Un droit à mourir dignement

Le 9 mars 2015, je co-signais une tribune dans laquelle je me félicitais avec cent vingt quatre autres députés des avancées offertes par la loi Claeys-Leonetti pour le droit à mourir dans la dignité. Je le répète aujourd’hui : cette loi a marqué des progrès sensibles. D’une part, elle sécurisait la communauté médicale contre d’éventuelles poursuites judiciaires en précisant la procédure de consentement du patient, les « directives anticipées ». Ce point est essentiel pour que les droits des patients puissent réellement être mis en œuvre par les équipes soignantes. D’autre part, cette loi mettait au cœur de la décision la volonté du patient alors qu’auparavant cette pratique relevait de la seule appréciation médicale.

Si cette loi exprimait donc une avancée réelle, cette même avancée ne pouvait apparaître comme définitive. Cette loi était l’expression d’un compromis et n’avait pas vocation à épuiser le débat sur la fin de vie. En effet, cette loi n’a pas, en effet, reconnu l’euthanasie mais bien le choix de la « sédation profonde et continue jusqu’au décès, uniquement en cas de pronostic vital engagé à court termes ». Je me retrouve dans l’analyse du sociologue Philippe Bataille qui voyait dans ce compromis « une volonté d’occulter l’intentionnalité du décès dans le masque du sommeil ». Ce « droit à dormir avant de mourir » dissimule en effet une forme de déni et ne répond pas pleinement au droit à mourir librement et dignement.

Je souhaite donc une clarification et appelle de mes vœux une évolution de notre droit pour une véritable aide médicale à mourir pour toutes les personnes atteintes d’une maladie incurable, au moment où elles le souhaitent, et non plus seulement lorsque le pronostic vital est engagé à court termes. N’oublions jamais que la mort n’est que l’ultime étape de la vie.

Or, toute notre action politique doit avoir pour finalité d’offrir à chacun la possibilité de bien vivre et de vivre librement. Dès lors, lutter pour le bien vivre, c’est aussi lutter pour la possibilité de tous de mourir dignement. Derrière notre désir commun de vivre mieux, il y a aussi, la vieillesse venant, l’angoisse plus intime qui est celle de bien mourir. Il nous revient de répondre à cette angoisse, de ne pas refuser de la voir et de l’accepter. Il faut en prendre la pleine mesure et aller jusqu’au bout en reconnaissant véritablement l’euthanasie en France.

Voltaire écrivait : « Dieu nous a donné le vivre c’est à nous de donner le bien vivre ». Je ne commenterai pas ici la véracité de la première partie de sa phrase qui dépend de la croyance de chacun. En revanche, ce dont nous devons être certains, c’est que le « bien vivre » dépend de nous, et de nous seuls.

Sur ce sujet grave et intime, le devoir que nous imposait Voltaire, nous le faisons notre. La politique est un combat qui réclame souvent résolution et patience. Aujourd’hui il doit être repris et nous devons reconnaître la liberté de mourir comme nous avons reconnu à tous les Hommes la liberté de vivre.