Vers une coalition des gauches européennes

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Cette semaine, en déplacement au Parlement européen, Benoît Hamon a réaffirmé la nécessité de repolitiser et démocratiser le projet européen. Des années de politiques néolibérales appliquées par la majorité de droite ont contribué à gravement défigurer le visage de l’Europe politique et sociale, que nous, les socialistes-démocrates, défendons. Cela nous prouve une chose : la grande coalition doit aujourd’hui être dépassée. Que ce soit sur les questions de politique migratoire, de lutte contre le dumping social et fiscal ou encore de gouvernance économique, aucun pays ne saura seul trouver la solution. Pour construire cette autre Europe, loin du libre-échange et du diktat des marchés, un nouvel arc d’alliances progressiste doit voir le jour. C’est animé de cette conviction que Benoît Hamon est parti à la rencontre de nombreux députés européens progressistes issus des différents groupes des Verts, de la gauche radicale et des socialistes et démocrates. Sur fond de bataille contre le CETA, il a rappelé que la fuite en avant productiviste et libre-échangiste ne peut être un horizon pérenne pour l’Europe.

Un constat d’échec du projet européen

Engagé à gauche, Benoit Hamon est déterminé à s’opposer à une Europe technocratique dont le projet serait cantonné à la mise en place d’un grand marché commun, sans un regard pour les conditions de vie des peuples. La crise financière a révélé les failles de l’Union Économique et Monétaire : les divergences économiques se sont sensiblement accrues entre pays du centre (Allemagne, Autriche, Luxembourg, Pays-Bas, Finlande) et les pays périphériques (Grèce, Portugal, Espagne) ; le « trop peu trop tard  » a été la marque de fabrique du Conseil Européen. La seule réponse de l’Union pour combler le déficit d’investissement depuis 2008 a été le Plan Juncker qui s’est avéré inefficient tant en termes de création d’emploi que d’impact environnemental.

Il est urgent d’apporter une réponse politique à la crise sociale qui frappe de plein fouet l’Europe : explosion des inégalités, de la pauvreté et du chômage dans plusieurs parties de l’Union (chômage supérieur à 20% en Grèce et au Portugal) ; maintien du chômage à des niveaux élevés (supérieur à 10%) en France et en Italie. Le déficit de solidarité au sein de l’UE est largement exposé depuis 2008. Qu’il s’agisse des questions de dumping social, de l’accueil des migrants ou encore du détachement des travailleurs, le clivage entre anciens et nouveaux Etats membres est une réalité politique visible au Conseil.

Repolitiser le projet européen.

C’est à l’échelle européenne qu’il faut porter haut les valeurs de la gauche, mise à mal par les politiques de rigueur de Bruxelles et en manque de représentativité : que ce soit en France, en Allemagne, En Espagne où le PSOE réalise le score le plus faible depuis sa création, on assiste à une droitisation tant sur le plan économique que sur les questions sociales et sociétales, concentrées sur les problématiques identitaires. En parallèle, nous ne pouvons que constater la montée en puissance des forces eurosceptiques et europhobes, que ce soit en Hongrie où le Jobbik est une formation d’extrême droite importante, en Pologne où le PiS, parti ultraconservateur au pouvoir depuis 2015, est majoritaire, ou en Allemagne où l’AFD est à 15% dans les derniers sondages.

Benoît Hamon a exprimé les déficiences, au Parlement européen, de la politique menée par Gianni Pittella, Président du groupe socialiste, qui revendique pour ligne officielle une volonté de « promouvoir la coopération législative » avec le PPE et les libéraux… De quelles victoires le groupe peut-il se prévaloir depuis 2014 ? La réalité du plan Juncker ne correspond pas à l’ambition initiale portée par le groupe en termes de relance de l’activité. Sur le plan de la lutte contre l’évasion fiscale, quelques avancées ont été obtenues, essentiellement du fait de la multiplication des scandales Wikileaks, Panama papers, Bahamaleaks, mais l’absence de résultats tangibles suscite de sérieuses inquiétudes quant à l’avenir de l’Union.

Nous voulons impulser une nouvelle dynamique à la famille social-démocrate européenne en formant un « progressive caucus », rassemblant des députés socialistes, écologistes et gauche radicale sur des thématiques ciblées : CETA, restructuration de la dette grecque, taxe sur les transactions financières. Succès en termes de communication, l’initiative est balbutiante, alors qu’existe une structuration possible sur le plan politique.

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