Lutter contre les discriminations : la Maison des potes en action

Interview de Karim Benchaïb, secrétaire national à la Jeunesse de la Fédération Nationale des Maison des Potes

Bonjour Karim, merci d’avoir accepté de nous répondre. Pour commencer, pourrais-tu te présenter, et décrire brièvement les actions de la Fédération Nationale des Maisons des Potes, au niveau local et national?

La Maison des potes est une association créée en 1989, elle est implantée dans une trentaine de villes aujourd’hui. Ce sont en majorité des maisons de quartier, affiliées à notre réseau national, qui agissent contre les discriminations raciales, avec différents leviers :
Tout d’abord, nous avons mis en place une permanence juridique, qui permet d’aider les victimes de discriminations. Par exemple, nous avons récemment gagné un procès contre LogiRep, l’un des plus gros bailleurs sociaux d’Île-de-France, qui refusait de louer un logement à une personne parce qu’elle était noire. LogiRep a été condamné à une amende de 20 000 € pour discrimination raciale et fichage ethnique.
Nous faisons aussi du testing au logement, en appelant les agences immobilières : le refus de certains agents de louer à des personnes avec un « accent africain » nous donne l’opportunité d’engager des actions en justice contre ceux-ci.
Les Maisons des potes ont d’autres activités, outre l’action juridique : par exemple, le dispositif SOS stages, implanté dans des lycées professionnels, à Paris, Roubaix, ou la Courneuve, permet d’aider les lycéens à trouver des stages, afin de favoriser leur insertion dans le monde du travail. Ce sont des jeunes en service civique de ces quartiers qui aident les lycéens dans leur recherche de stage.

La Maison des Potes est donc une association d’éducation populaire?

Oui, tout à fait, ce sont des personnes qui ont été confrontées aux mêmes discriminations et problématiques qui aident d’autres jeunes à trouver des stages. Il en est de même pour notre magazine Pote à pote, écrit par les jeunes des quartiers populaires, pour les jeunes des quartiers populaires, afin de parler de la lutte contre les discriminations et le racisme, édité tous les trois mois.

A l’international, nous coordonnons le réseau « Unis pour l’égalité », qui rassemble des organisations antiracistes. Nous menons des campagnes dans toute l’Europe, comme récemment, la campagne Unis pour l’égalité, autour de quatre revendications partagées : le droit de vote des étrangers, la régularisation des travailleurs sans papiers, le testing et l’ouverture des emplois fermés. Cette campagne est un succès : elle a été traduite dans 16 langues différentes.

Quelle est l’analyse que vous portez, à la Maison des Potes, sur le contexte politique de la lutte contre les discriminations ? Avec un débat qui s’est focalisé sur des polémiques comme le burkini ou des propositions telles que la déchéance de nationalité, les dirigeants de ce pays sont-ils passés à côté de la question sociale, notamment dans les quartiers populaires ? Le quinquennat de François Hollande a-t-il permis des avancées ?

Il faut voir qu’aujourd’hui, 1 jeune sur 2 est au chômage dans les quartiers populaires, et que François Hollande proposait, dans son programme, le CV anonyme pour lutter contre cela. Le gouvernement n’a jamais eu la volonté de le mettre en place, et a préféré servir les intérêts du MEDEF, ce qui est problématique.
Alors qu’une loi de 2006 avait été votée pour mettre en place le CV anonyme, le gouvernement a préféré supprimer cette disposition législative qu’éditer les décrets d’application de celle-ci.
Le gouvernement nous a profondément déçus, dans la mesure où rien n’a été fait dans la lutte contre les discriminations qui touchent une partie importante de la jeunesse de France, à part une campagne publicitaire contre les discriminations à l’embauche, mais sans mettre en place de réelles dispositions contraignantes.

Face à la surenchère identitaire et xénophobe de la droite, comment penses-tu que la gauche peut reprendre la marche du progrès en France?

Il me semble fondamental de renouer avec les quartiers populaires, avec des mesures fortes.

Benoît Hamon, dans sa campagne, défend l’idée d’une République métissée, et d’une vision positive des quartiers populaires. Quelles seraient ces mesures fortes qui permettraient de renouer avec les quartiers populaires?

Nous défendons la mise en place du CV anonyme pour les entreprises de plus de 50 salariés, qui permettrait de lutter contre les discriminations à l’embauche en raison des origines réelles ou supposées des individus.
Aussi, nous préconisons l’ouverture des emplois fermés : aujourd’hui, quand vous êtes, par exemple, professeur d’une nationalité hors Union Européenne, vous êtes vacataire. Vous ne bénéficiez pas du statut de fonctionnaire, et vous êtes moins bien payé. C’est une mesure d’égalité salariale. C’est le cas des chibanis marocains à la SNCF, qui ont gagné moins, toute leur carrière, que leurs collègues français.
Nous réclamons aussi que la justice agisse plus contre les discriminations raciales, puisque les peines réellement appliquées sont souvent assez faibles.
Enfin, une dernière mesure qui nous semble fondamentale dans la lutte contre les discriminations et pour l’égalité est le droit de vote des étrangers non communautaires. Ils travaillent et paient leurs impôts en France, il semble normal qu’ils aient aussi le droit d’exprimer leur volonté. C’est une promesse de la gauche depuis 1981, et cela avait été promis par François Hollande en 2012. La gauche devrait se saisir à nouveau de cette question démocratique.